SUŁKOWSKA Monika

Université de Silésie, Pologne

 

Expressions idiomatiques et mécanismes de décodage du sens

 

Les études de la nature sémantique du figement montrent que c’est la signification figurée, idiomatique des unités figées qui est la plus problématique. Le décodage d’une telle signification n’est pas direct parce que le sens figé ne résulte pas de règles de compositionnalié.

En ce qui concerne les expressions idiomatiques, deux solutions opposées sont alors concevables: soit on garde inchangée la téorie compositionnelle et on considère les expressions idiomatiques comme des exeptions traitées différemment, soit on adapte la théorie compositionnelle pour y intégrer le traitement de telles expressions. Ces deux solutions mènent à des modèles de traitement différents.

Le modèle de la liste mentale d’idiomes (idiom list hypothesis) a été proposé par S.A.Bobrow et A.M.Bell en 1973. Il postule que tout individu construit en mémoire une liste d’idiomes distincte de son lexique mental.

Le modèle de la représentation lexicale (lexical representation hypothesis), proposé par D.A.Swinney et A.Cutler (1979), récuse, par contre, l’idée d’une liste d’idiomes distincte et propose que les idiomes soient stockés sous la forme de mots, des “mots longs”, au sein même de ce lexique mental.

Le troisième modèle non-compositionnel a été proposé par R.W.Gibbs (1980, 1986). C’est un modèle d’accès direct (direct access hypothesis).Il suppose que les expressions idiomatiques sont comprises directement, c’est-à-dire avant même la construction d’une interprétation littérale. R.W.Gibbs (1986) soutient que le sens figuré est activé en premier et que le sens littéral est activé seulement si le sens idiomatique n’est pas pertinent par rapport au contexte donné.

Au contraire, les modèles compositionnels considèrent que les significations idiomatiques sont construites simultanément et à partir des significations littérales des mots de l’expression. L’une des plus importantes conceptions compositionnelles a été proposée par C.Cacciari & P.Tabossi (1988) et elle est connue sous le nom de l’hypothèse configurationnelle (key configuration hypothesis). Selon C.Cacciari et P.Tabossi (ibidem), il y a une activation du sens littéral jusqu’au point de reconnaissance de l’idiome, c’est-à-dire le point où l’information est suffisante pour comprendre que le contexte requiert le sens figuré. Ce point est appelé point d’unicité ou clé idiomatique, car il s’agit du mot clé de l’expression qui déclanche l’activation du sens figuré.

Dans notre communication, nous voudrions passer en revue les hypothèses surcitées en les présentant dans une perspective actuelle.

 

Bibliographie :

BOBROW S.A., BELL S.M. (1973), «On catching on to idiomatic expressions», Memory and Cognition, 1, no 3, pp. 343-346.

CACCIARI C., TABOSSI P. (1988), «The comprehension of idioms», Journal of Memory and Language, 27, pp. 668-683.

GIBBS R.W. (1980), «Spilling the beans on understanding and memory for idioms in conversation», Memory and Cognition, 8,  pp. 149-156.

GIBBS R.W. (1986), «Skating on thin ice: literal meaning and understanding idioms in conversation», Discourse Processes, 9, pp. 17-30.

SWINNEY D.A., CUTLER A. (1979), «The access and processing of idiomatic expressions», Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 18, pp. 523-534.

    Auteur
    Monika Bazyl

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