MOUSSAOUI Karim

Université Abderrahmane Mira, Algérie

 

Stéréotype, signification et séquence figée

 

Séquence figée, une suite de mots formant un ensemble et un tout. Elle est exclusivement une unité lexicale complexe, une expression, une série de mots combinés obéissant à une structure syntaxique fonctionnellement substituable au mot. En effet, pour saisir les limites morphologiques et notamment sémantiques de ces unités polylexicales[1], il est fort important de s’interroger sur le rôle qu’elles peuvent jouer, non seulement, dans leur forme isolée mais aussi dans leur essence sémantique dans un discours. Nous fréquentons dans les pratiques langagières des ensembles lexicaux correspondant à une résonance d’une séquence figée mais qui finissent par être considérée comme des ratages ou encore des faits rhétoriques[2], tandis que d’autre imposent leur statut de séquence figée. Ce constat nous mène à débattre les motivations liées au choix de ces unités lexicales comme telles.

Sur le plan linguistique, on peut considérer la séquence figée comme étant un phénomène linguistique illustrant le lieu de collision entre la forme et le sens. En d’autres termes, il s’agit d’une mise en épreuve d’un conflit [3]entre le fonctionnement sémantique et morphosyntaxique. En effet, la séquence figée est un tout qui doit se conformer aux règles syntagmatiques (un groupe de mots structuré) et morphologique (un tout formant un mot composé de morphèmes structuré).

Ainsi, la séquence figée est l’aboutissement d’une signification imposée par une expérience ou un contexte psycho-social provoquant un impact. De ce fait, elle exprime alors une valeur descriptive d’un aspect socioculturel (historique, traditionnel, etc.) particulier et marquant. Il en est le cas du terme ras-le-bol qui est autrefois caractéristique d’une désignation vulgaire et qui subit par la suite une modification de sens à partir de substitution du sens des mots ras qui devient plein, bol devient tête, puis les mutations sociopolitiques contemporaines construisent les désignations : en avoir marre, explosion populaire.

Cette séquence se voit accompagné de en et avoir, soit en avoir ras-le-bol pour préciser la signification dans le contexte. La séquence figée serait un privilège du sens au détriment de la forme. Ces unités polylexicales finissent par réaliser un figement ou une stabilité morphologique et syntaxique, cependant, elles sont commandées à subir des mobilités sémantiques[4] imposées par les mêmes facteurs. Ce constat est justifié par le fait que ces lexies sont le résultat d’une domination d’une signification stéréotypique[5]donnée, et que celle-ci est tangible (liée aux paramètres psycho-sociaux). En d’autres termes, les outils qui forgent la signification de la séquence figée sont les mêmes qui engendrent son changement tant qu’ils soient de nature tangibles.

 

[1]La séquence figée est souvent définie comme étant unité linguistique se composant de plusieurs mots combinés, elle est donc appelée « unité polylexicale, unité figée, suite métaphorique figée, suite sémantiquement figée » (Campenhoudt M V, Lino T. 2011, p.186).

[2] Nous désignons par fait rhétorique les différents expressions qui résultent d’un emploi stylistique, il comprend les figures de style telle que la métaphore, l’euphémisme, etc.

[3] Le conflit entre le sens et la forme consiste à dégager un affrontement entre la valeur sémantique et la valeur formelle. La construction de la forme pourrait être réalise en fonction du sens et vice-versa.

[4] Les mobilités sémantiques sont des mutations ou des changements de sens que subit une unit lexicale. Elles suivent souvent des mutations sociales : « Lorsque l’espace politique s’ouvre et que les populations commencent à aborder les problématiques politiques de manière nouvelle …et d’une interprétation du concept directement lié à des événements et à un contexte politique particulier » (Sauquet M. 2007, p.256).    

[5] La signification stéréotypique est la désignation imposée par un contexte socioculturel donné. Ainsi, nous retiendrons que le stéréotype correspond à une signification : « La stéréotypie n’est cependant pas propre au sens, chaque association figée d’un signe et d’un référent est elle-même un stéréotype qui spécifie la stéréotypie générale du signifié » (Dufays J L. 2010, p.70).   

    Auteur
    Monika Bazyl

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